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#DoublePeine : l’accueil des victimes de violences par les policiers dénoncé sur Twitter

Publié le

par Pauline Ferrari

© Damien MEYER / AFP + Capture Twitter @AnnaToumazoff

Suite à des propos abjects lors d’un dépôt de plainte au commissariat de Montpellier, de nombreux témoignages ont émergé.

"Au commissariat central de Montpellier, on demande aux victimes de viol si elles ont joui" : la phrase a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. La militante féministe Anna Toumazoff publiait il y a quelques jours ce thread, relatant des dizaines de témoignages reçus sur le commissariat central de Montpellier, où l’accueil des victimes de violences sexistes et sexuelles est dénoncé.

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Tout part du témoignage d’une victime de viol, qui tente de porter plainte auprès du commissariat central de Montpellier au début du mois de septembre. La victime s’est vu poser des questions déplacées par la personne du commissariat en charge de recueillir sa plainte : interrogée sur sa consommation d’alcool, sur si elle avait ressenti du plaisir, elle verra finalement sa plainte classée sans suite.

Suite à ce témoignage, des dizaines d’autres commenceront à pleuvoir sur ce même commissariat, tous partagés par la militante féministe Anna Toumazoff. Culpabilisation des victimes, questions déplacées, violences verbales, voire refus de dépôt de plainte : pour rappel, les services de police sont dans l’obligation de prendre une plainte, puis de la transmettre au procureur de la République. Seul le procureur peut décider d’enclencher ou non des poursuites. Des récits qui font état du problème global dont les victimes de violences sont reçues par la police.

La préfecture de l’Hérault qualifie ces propos de "diffamatoires"

Malgré les dizaines de témoignages reçus par Anna Toumazoff et d’autres militantes féministes, très peu de réponses de la part des pouvoirs publics. Silence radio du côté du gouvernement (malgré que Marlène Schiappa fût interpellée à de nombreuses reprises sur ce sujet).

La préfecture de l’Hérault (département où se situe Montpellier) a quant à elle diffusé un communiqué de presse condamnant les propos d’Anna Toumazoff, qualifiés de "diffamatoires". "Les fausses informations et mensonges qui ont pour seul objectif de discréditer l’action des forces de sécurité intérieure dans leur lutte quotidienne contre les violences sexuelles desservent la cause des femmes victimes", peut-on y lire.

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Suite aux signalements et aux témoignages de victimes, le syndicat de police Alliance s’est lui aussi positionné sur Twitter, en parlant de "propos tenus par une pseudo féministe", et récusant les accusations à l’encontre des forces de l’ordre de la ville de Montpellier. Deux réactions qui ont provoqué la colère des victimes et des militantes féministes, ne se sentant pas prises au sérieux par les autorités.

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De plus, un déferlement de haine s’est ensuivi sur les réseaux sociaux, accusant les militantes féministes de s’en prendre gratuitement à la police, ou de mentir pour attirer l’attention. Le compte officiel de la police de l’Hérault a lui aussi démenti les témoignages des victimes, qui ne "reflètent aucunement la réalité".

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Une affaire loin d’être un cas isolé

Pourtant, l’affaire du commissariat de Montpellier et ses mauvais traitements n’est pas un cas isolé : des militantes féministes parlent même d’une manière symptomatique de traiter les cas de violences sexistes et sexuelles en France. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes ont partagé leur expérience à l’aide du hashtag #DoublePeine, visant à dénoncer la deuxième violence que représentait le fait d’aller porter plainte en France.

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Porté par la journaliste Constance Vilanova ainsi que par d’autres militantes et associations féministes, le hashtag #DoublePeine a inondé les réseaux sociaux, faisant état de violences verbales et propos plus que problématiques dans le cadre de dépôts de plainte ou de tentatives de dépôt de plainte.

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D’autres témoignages ont également dénoncé l’effet de ces mauvais traitements des forces de l’ordre sur les victimes : peu de femmes osent porter plainte pour les violences qu’elles ont subies, en partie à cause de ce mauvais accueil. Pour d’autres, c’est aussi l’occasion de dénoncer la lenteur et l’inaction du système judiciaire.

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D’après une enquête réalisée par le collectif NousToutes, 66 % des victimes de viol ou tentative de viol font état d’une mauvaise prise en charge par les forces de l’ordre. Dans le rapport d’enquête Cadre de vie et sécurité (CVS) du ministère de l’Intérieur en 2019, "sur la période 2011-2018, 17 % des victimes d’un viol ou d’une tentative de viol déclarent avoir déposé plainte". Ce faible pourcentage s’explique également par la faible condamnation des auteurs de violences sexistes et sexuelles.

Les associations et militantes féministes appellent à continuer à relayer le hashtag #DoublePeine pour mobiliser les autorités publiques, mais également de se réunir lors de la marche du 20 novembre 2021, organisée pour la Journée de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

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