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"Promesses d’ivrognes" et "bla-bla-bla" : pourquoi la COP26 est-elle qualifiée d'"échec" ?

Publié le

par Astrid Van Laer

De gauche à droite : Yannick Jadot © Deroche Mylene / ABACA via Reuters Connect
Un manifestant fait irruption sur la scène de la COP 26. © REUTERS / Dylan Martinez
Greta Thunberg © REUTERS / Hannah McKay

Pour Greenpeace, la COP26 a été "un rendez-vous raté pour l’humanité".

Après deux semaines de négociations par près de 200 dirigeants mondiaux à la COP26, le pacte de Glasgow pour le climat, jugé en deçà des ambitions communes par beaucoup, a été adopté, avec du retard, samedi 13 novembre. Et il semblerait que tout le monde n’ait qu’un mot à la bouche pour le désigner : "compromis".

À l’instar de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, qui a déclaré au Figaro : "on est arrivé à un compromis […] On a un accord, on a le pacte de Glasgow et je peux vous dire que jusqu’à hier soir, ça n’était pas joué".

Pour le secrétaire général de l’ONU, même son de cloche : selon António Guterres, le résultat de la COP26 est "un compromis, reflétant les intérêts, les contradictions et l’état de la volonté politique dans le monde aujourd’hui". "C’est une étape importante, mais ce n’est pas suffisant. Il est temps de passer en mode urgence", a-t-il ajouté.

Dans un registre moins diplomate, voici, pour la jeune militante qu’on ne présente plus Greta Thunberg, le résumé de la COP26 : "Bla-bla-bla""Mais le vrai travail continue en dehors de ces salles. Et on n’abandonnera jamais, jamais", a-t-elle ajouté, plus optimiste, dans un message sur Twitter.

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Mais que contient donc ce "compromis" impossible, ce "bla-bla-bla" pointé du doigt ?

Charbon : de "disparition" à "diminution"

D’après la France, avec le pacte de Glasgow, l’Accord de Paris, dont l’objectif majeur était de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, a été "rendu pleinement opérationnel, par des règles robustes" six ans après son adoption.

Parmi les principaux points de l’accord à retenir, le site du ministère de la Transition énergétique souligne que "pour la première fois dans un document de la Convention climat, la réduction des énergies fossiles [en partie responsables du réchauffement climatique, ndlr] est mentionnée dans la déclaration finale".

La France a toutefois fait savoir qu’elle "regrett[ait]" que le terme "'disparition progressive' du charbon ait été remplacé in extremis par 'diminution progressive'". Car l’Inde, la Chine et l’Arabie saoudite sont parvenues à faire supprimer d’une version antérieure du texte l’objectif inscrit noir sur blanc d'"accélérer la sortie du charbon et des subventions aux énergies fossiles".

Autre point clé : le Pacte "demande aux parties de revisiter et renforcer leurs objectifs 2030 […] autant que nécessaire pour les aligner avec les objectifs de température de l’Accord de Paris, d’ici la fin de 2022", comme le rapporte l’AFP.

À noter également que la question du double comptage a été tranchée par l’article 6. En effet, celui-ci "prévoit des mécanismes autorisant les Parties à échanger des réductions d’émissions afin d’atteindre leur contribution déterminée au niveau national", mais le tout "sans double comptage".

Car jusqu’ici, depuis l’accord de Paris, les comptes pouvaient être faussés lorsqu’un pays fortement émetteur de CO2 achetait ses crédits à un pays moins pollueur, mais que les deux nations comptabilisaient l’opération dans son bilan carbone.

En outre, l’article 13 stipule que "les Parties devront désormais rapporter leurs émissions de gaz à effet de serre de la manière la plus détaillée possible et de façon comparable".

Une centaine de pays, abritant 85 % des forêts mondiales, ont également pris l’engagement de lutter contre la déforestation en adoptant une déclaration sur les forêts. Mais un financement insuffisant et le suivi incertain de la parole donnée ont été pointés du doigt par les ONG.

Ne figure toutefois pas dans ce texte la notion de "préjudice", demandée par les pays vulnérables, premières victimes du changement climatique, qui réclamaient la création d’un fonds chargé de réparer financièrement les dégâts causés par le réchauffement climatique.

Enfin, le texte appelle les signataires à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l’accord de Paris, et ce dès 2022. Il conçoit toutefois la possibilité d’aménagements pour "circonstances nationales particulières", point qui a suscité les critiques des ONG sur les ambitions réelles du texte, comme le souligne l’AFP.

Des "promesses d’ivrognes"

Peu de moyens contraignants et des promesses revues à la baisse pour un texte en demi-teinte : c’est le constat partagé par de nombreux observateurs, militants de l’environnement et parfois même figure de la COP.

Car les ONG sont loin d’être les seules à douter de l’efficacité de l’accord de Glasgow. Durant son discours de clôture, le président de la conférence, Alok Sharma lui-même, ému, a même laissé échapper quelques larmes, se disant "profondément désolé" du résultat :

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Et il n’est pas le seul à avoir fait part de sa déception. Le chef du gouvernement britannique Boris Johnson a lui aussi évoqué sa "déception", déclarant : "Ma joie devant ces progrès est teintée de déception".

Quant au candidat écologiste français à l’élection présidentielle Yannick Jadot, il est allé jusqu’à considérer que cette COP était "incontestablement un échec". Invité sur France Inter, il a évoqué des "promesses d’ivrognes" plus que des "engagements sérieux" et regretté :

"C’est un échec quand on a un tel gouffre entre la situation climatique d’aujourd’hui […], entre les résultats de cette conférence et l’objectif qui avait été décidé à Paris [lors de la COP21] d’avoir des trajectoires, des politiques climatiques qui nous empêchent de dépasser 1,5 degré de réchauffement. Là, on est à 2,5, 2,6, 2,7 degrés, selon les évaluations si tous les engagements qui ont été pris étaient tenus."

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"Vers un scénario catastrophe"

Pour Greenpeace, si cette COP constitue un "petit pas pour les négociateurs", elle demeure toutefois un "rendez-vous raté pour l’humanité". Dans un communiqué publié samedi, l’ONG se désole que "la révolution attendue n’a[it] pas eu lieu", arguant :

"Si l’objectif de 1,5° reste sur la table, les engagements pris nous mènent toujours vers un scénario catastrophique de réchauffement de +2,4 °C à l’horizon 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, et le texte de décision finale ne contient pas de disposition suffisamment contraignante pour combler rapidement le fossé avec l’objectif de l’Accord de Paris."

Et de pointer du doigt plus précisément la France, qui, pour le chargé de campagne climat de l’ONG Clément Sénéchal, "s’est contentée de rejoindre des initiatives non contraignantes, comme sur la déforestation ou l’aviation, ou encore en prenant des engagements sans effet concret sur son arsenal législatif".

Greenpeace s’est cependant réjouie de voir les énergies fossiles, qui constituent selon elle une "question centrale", mentionnées "dans la décision finale" : "[cela] constitue une première encourageante dans l’enceinte des conférences climat onusiennes, tout comme est essentielle la référence à une transition juste", a-t-elle reconnu, avant de regretter, pessimiste :

"Mais dans le monde réel, la faiblesse du langage utilisé et les précautions ajoutées en dernière minute ne confèrent aucun caractère contraignant ni n’imposent d’échéancier concret, ce qui contribuera à accroître les retards et le décalage de la communauté internationale vis-à-vis de l’urgence climatique".

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