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Débrouillarde par nécessité, pour compenser les inégalités

Publié le

par La Zep

© Sushil Nash/Unsplash

On dit souvent à Naïma qu’elle est débrouillarde et courageuse. En réalité, elle n’a pas vraiment le choix.

Pendant mon cursus à La Sorbonne, il y avait ceux qui travaillaient à côté toute l’année, ceux pour qui l’argent n’était même pas un sujet, et il y avait moi, qui vivais avec ma bourse et les économies de mes jobs d’été. Pendant mes études supérieures, les inégalités m’ont explosé à la figure.

Ma mère assume toute seule le coût du loyer et mon père ne nous aide pas. Alors, à chaque fois, j’essaie de trouver les solutions les moins coûteuses pour atteindre mon objectif. D’autant plus qu’après ma licence, il était inconcevable pour moi de demander à mes parents d’assumer les frais d’une école payante.

Une bourse de 100 euros par mois

Je veux devenir journaliste depuis que je suis au lycée et je ne tenais pas à travailler pendant ma licence, par peur de ne pas arriver à gérer les deux. J’ai réussi à m’en sortir comme ça, avec une bourse de 100 euros par mois et mes économies, pour financer ma vie sociale et mes repas. La première année, j’avais tenu jusqu’au mois de juin. J’ai fini à découvert et, très vite, il a fallu me refaire de l’argent pendant les vacances.

La chance que j’ai, c’est de ne pas être trop loin de Paris, chez ma mère. J’habite à Rosny-sous-Bois, une ville de la banlieue est, à quinze minutes de la Gare du Nord en train. Je ne sais pas comment j’aurais pu assumer le coût d’un logement et/ou de la vie si j’avais habité plus loin. On doit faire une croix sur certains d’entre eux quand on n’a pas assez d’argent.

C’est aussi impossible pour moi de faire une prépa pour réussir le concours des écoles, car elles coûtent entre 2 000 et 5 000 euros l’année et ça m’obligerait à travailler à côté, ce qui va déteindre négativement sur mon assiduité. Un schéma auquel je ne veux pas me confronter. J’ai donc renoncé à faire une école hors de l’Île-de-France et je privilégie avant tout l’alternance.

400 euros pour un voyage en Grèce

Malgré tout, je m’accroche aux super associations qui ont pensé aux personnes comme moi, ralenties par leurs revenus modestes. Comme l’Institut Télémaque, une association d’égalité des chances. J’ai intégré cette association en cinquième, à un âge où je ne comprenais pas ce que ça impliquait. Cette même année, j’ai découvert une nouvelle classe sociale en changeant de collège grâce à mon admission dans un internat pour boursiers.

Je suis passé du 93 au 77. Les gens avaient des maisons et des chambres pour une seule personne. J’étais choquée ! Je pensais que mon quotidien était la normalité, moi qui partageais ma chambre avec mes deux sœurs depuis toujours. En seconde, il y avait un voyage en Grèce qui coûtait 400 euros, je n’aurais jamais pu demander une telle somme à ma mère, mais l’Institut Télémaque m’a permis d’y aller. C’est là que j’ai compris tout ce qu’il pouvait m’apporter.

Cela a été un véritable coup de pouce, même si je ne pouvais pas faire tout ce que les autres de ma classe se permettaient. La même année, on nous avait proposé un autre voyage en immersion aux États-Unis dans des familles d’accueil, j’étais enthousiaste à l’idée, puis j’ai regardé le prix. 1 500 euros, ça m’a refroidie. C’était bien au-dessus de l’aide financière que Télémaque pouvait me donner. Deux amies à moi y sont allées et elles sont revenues avec un super niveau d’anglais qu’aucune série en VO ne me permettait d’avoir.

Suivie et épaulée par mon mentor

Aujourd’hui, je suis accompagnée par Article 1, une autre association pour l’égalité des chances. Grâce à cet accompagnement, j’ai été mise en contact avec un "mentor", une personne qui fait le métier de mes rêves et qui est là pour m’aider. Il est journaliste à France 24 et j’ai pu faire un stage dans ce média par son intermédiaire. Cette association m’a permis de pallier mon manque de réseau car peu importe le diplôme, si on ne connaît pas les bonnes personnes, ce sera toujours plus difficile.

Ces belles initiatives associatives m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui mais, malheureusement, j’ai conscience que ce n’est pas assez pour compenser les inégalités. Cette année, je fais une année sabbatique et je ne vais pas passer les concours car cela me coûterait environ 1 000 euros, alors que je n’ai pas de prépa et que la culture "générale" requise dans les concours n’est pas celle avec laquelle j’ai grandi.

Comme je suis déterminée, on me dit souvent "tu es débrouillarde", "tu es courageuse", mais je n’ai pas l’impression que c’est un choix… Je suis débrouillarde, car je n’ai pas grandi dans une famille aisée. On parle souvent d’égalité des chances, mais je pense qu’on n’est déjà pas égaux face à nos rêves. Je garde néanmoins espoir et j’attends le jour où les gens comme moi n’auront pas à fournir plus d’efforts pour arriver au même niveau que les autres.

Naïma, 21 ans, volontaire en service civique, Rosny-sous-Bois

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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