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Jean-Michel Blanquer s’oppose fermement à l’introduction du pronom "iel" dans le Petit Robert

Publié le

par Astrid Van Laer

Photomontage : © Capture d’écran du site du Petit Robert et Jean-Michel Blanquer, le 16 novembre 2021. © Quentin Veuillet / ABACAPRESS.COM

Pour le ministre, "l’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française".

Tantôt jugée "très malheureuse", tantôt "saluée", l’initiative du Petit Robert divise. Le mois dernier, le dictionnaire a intégré à sa version en ligne les pronoms "iel", "ielle", "iels" et "ielles", qu’il définit en ces termes : "pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre."

Le député La République en marche de l’Indre, François Jolivet, s’est insurgé hier et a indiqué avoir "écrit à l’Académie française" à ce sujet : "Le Petit Robert, dictionnaire que l’on pensait être une référence, vient d’intégrer sur son site les mots 'iel, ielle, iels, ielles'. Ses auteurs sont donc les militants d’une cause qui n’a rien de français : le wokisme."

Dans son courrier à Hélène Carrère d'Encausse, Secrétaire perpétuelle de l’Académie française, il déplore une initiative "très malheureuse" qui le "stupéfait" et y voit "une intrusion idéologique manifeste qui porte atteinte à notre langue commune et à son rayonnement".

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"La langue française évolue avec son temps"

Le ministre de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports a lui aussi un avis bien tranché sur la question, et il rejoint celui de l’élu LREM. "Je soutiens évidemment la protestation de François Jolivet vis-à-vis du Petit Robert", a en effet dit Jean-Michel Blanquer, ajoutant : "L’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française."

Et l’ancien recteur de l’Académie de Créteil d’arguer : "Alors même que nos élèves sont justement en train de consolider leurs savoirs fondamentaux, ils ne sauraient avoir cela pour référence."

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L’entrée de ce pronom dans le dictionnaire en ligne a toutefois été saluée par l’association SOS Homophobie, qui a répondu au ministre en "salu[ant]" la démarche du dictionnaire : " Utiliser le ou les pronoms qui nous correspondent ne devrait soulever aucune protestation. La langue française évolue avec son temps et surtout avec les personnes qui l’utilisent, c’est ce qui fait sa richesse. Le Petit Robert l’a compris, et nous saluons cette initiative !"

Une prise de position qui déplaît également au syndicat Sud Éducation 83, qui reproche au ministre de mal prioriser ses combats : "Blanquer sait ce qui est important pour l’éducation. De l’argent pour faire fonctionner l’école ? Non. Des classes avec moins d’élèves ? Non. Lutter contre une écriture qui s’adresse à tout le monde. Oui !!", ironise-t-il dans un message publié sur Twitter.

Une écriture jugée "complexe" et "instable" par le ministre

Ce n’est pas la première fois que Jean-Michel Blanquer s’oppose publiquement à l’écriture inclusive. En mai dernier déjà, son ministère avait fait paraître une circulaire au Bulletin officiel expliquant qu’il convenait "de proscrire le recours à l’écriture dite inclusive qui utilise notamment le point médian pour faire apparaître simultanément les formes féminines et masculines d’un mot employé au masculin lorsque celui-ci est utilisé dans un sens générique", au motif que sa "complexité" et son "instabilité" constituaient des "obstacles à l’acquisition de la langue comme de la lecture".

Et François Jolivet n’en est pas à sa première bataille non plus. En février dernier, le député était à l’origine d’une proposition de loi, coportée par une soixantaine d’élus, visant à "interdire l’écriture inclusive dans les documents administratifs".

"Le Robert n’a pas été subitement atteint de 'wokisme' aigu"

Ce matin, les éditions Le Robert ont réagi à la controverse en publiant un communiqué dans lequel elles expliquent leur choix. Elles expliquent que ses documentalistes ont observé un "usage croissant" de ce mot et ajoutent :

"Si son usage est encore relativement faible (ce que nous avons souligné dans l’article en faisant précéder la définition de la marque 'rare'), il est en forte croissance depuis quelques mois. De surcroît, le sens du mot 'iel' ne se comprend pas à sa seule lecture – dans le jargon des lexicographes, on dit qu’il n’est pas 'transparent' –, et il nous est apparu utile de préciser son sens pour celles et ceux qui le croisent, qu’ils souhaitent l’employer ou au contraire… le rejeter."

Sans oublier de rappeler l’usage et la mission d’un dictionnaire :

"Est-il utile de rappeler que Le Robert, comme tous les dictionnaires, inclut de nombreux mots porteurs d’idées, présentes ou passées, de tendances sociétales, etc. ?

Ce qui ne vaut évidemment pas assentiment ou adhésion au sens véhiculé par ces mots. Dit plus clairement : ce n’est pas le sujet pour nos lexicographes.

La mission du Robert est d’observer l’évolution d’une langue française en mouvement, diverse, et d’en rendre compte. Définir les mots qui disent le monde, c’est aider à mieux le comprendre."

Dans un registre plus optimiste, Charles Bimbenet, le directeur des éditions, voit également dans le fait que "la controverse autour de notre langue, de son évolution et de ses usages, puisse parfois être vive, parfois houleuse, […] un excellent signe de sa vitalité."

Avant de conclure en ironisant sur l’arrivée prochaine du mot "wokisme" dans ses colonnes : "N’en déplaise à certains, Le Robert n’a pas été subitement atteint de 'wokisme' aigu, un mot 'non transparent' dont nous vous promettons bientôt la définition…"

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